[Interview investisseur] Salim Echoukry, fondateur de Klein Blue

Suite et fin de nos interviews d’expert sur le marché de l’assurtech et ses tendances 2021. Après Gabrielle Thomas de BlackFin Tech et Romain Lavault de Partech, place à Salim Echoukry, fondateur de Klein Blue.

D’un point de vue d’investisseur, pourquoi l’assurtech est un secteur intéressant ?

L’assurance est l’un des derniers secteurs à avoir entamé sa transformation digitale. Cela offre un terrain de jeu aux nouveaux entrants pour aider les acteurs historiques à se transformer ou pour créer des néo-assureurs avec une expérience client unique.

Historiquement, l’assurance est également un secteur tourné vers l’actuariat et le produit, pas vers le client. Les GAFA et les assurtechs réussissent, eux, à mettre le client au cœur de leurs produits et expériences.

Cela impulse une dynamique de changement très intéressante au profit du client.

Les assurtech concentrent de plus en plus d’investissements depuis un an en particulier, qu’est-ce qui en fait un secteur “chaud” ?

Du fait de la digitalisation tardive du secteur, il existe une dette technologique dans l’assurance. Les acteurs traditionnels ont besoin de partenaires pour aller plus vite, et cela a été accéléré par le COVID. Les assureurs ont encore plus besoin d’effectuer leur transformation digitale qu’avant.

Deux illustrations de cette tendance :

  • Chez les assureurs, après une phase d’adaptation pour la poursuite de l’activité à distance, des projets peu prioritaires ou pas prioritaires ont été remis sur le devant de la scène. Conséquence directe : beaucoup d’assurtechs dont les solutions sont au service des assureurs ont conclu des contrats. Elles ont pu accélérer des projets de levée de fonds.

  • Côté assurtechs, un bon exemple de la forte digitalisation de l’assurance est Yomoni. Avec les restrictions liées à la pandémie, les Français ont moins dépensé. Yomoni a su capter cette épargne en ligne : il y a eu une accélération très forte des encours. Et une levée de fonds pour l’équipe post-confinement.

De votre expérience, la crise du COVID a-t-elle eu un impact sur les investissements en assurtech ?

On a pu observer un phénomène de sélection des startups qui lèvent : il y a eu un recentrage des investissements sur des assurtechs plus matures. Les levées de fonds en seed ont été plus difficiles, les investissements se sont concentrés sur des deuxièmes levées et plus.

En France, la tendance a été similaire, avec de gros tours d’investissement pour des assurtechs plus développées, comme Descartes (15,7M€), +Simple (20M€), Luko (47,8M€), et Alan (50M€).

Que peut-on attendre du secteur dans les prochaines années selon vous ?

Nous avons réalisé une étude sur les tendances d’innovation dans l’assurance pour la 4ème année consécutive. 3 traits principaux émergent :

  • L’accélération de la digitalisation des assureurs sur l’ensemble de la chaîne de valeur, notamment grâce à l’intelligence artificielle. Cela permet d’améliorer l’efficacité opérationnelle et le service client.

  • Le développement de services complémentaires, sous l’impulsion des assurtechs. Dans l’assurance, il y a très peu de points de contacts avec les clients en dehors des sinistres. Le rôle de l’assurance évolue doucement, pour être là aussi en prévention. Le but est d’être présent à tous les moments de vie, pas seulement au moment du sinistre.

  • L’open insuring : c’est la révolution des modes de distribution, dans laquelle les non spécialistes - i.e. non assureurs - vont prendre une place importante. Ils intègrent déjà, et cela sera encore plus visible à l’avenir, l’assurance comme une brique de leur service (par exemple Ikea avec son offre d’assurance habitation ou Tesla avec son offre d’assurance auto). Certains assureurs qui prendront tardivement le virage de la transformation risquent de devenir de simples porteurs de risques dans certaines situations. Il y a un vrai enjeu de transformation pour eux. Surtout que des acteurs proposent des expériences très qualitatives totalement par API, comme Seyna et Wakam en France, Iptiq et Qover en Europe, et que les assureurs traditionnels ne sont pas encore, pour la plupart, à ce niveau.


Merci Salim pour ces échanges !