[Interview investisseur] Gabrielle Thomas - Investment director chez BlackFin Tech

Après Romain Lavault, General Partner chez Partech, on continue notre saga investisseurs avec une interview de Gabrielle Thomas, Investment Director chez BlackFin Tech.

D’un point de vue d’investisseur, pourquoi l’assurtech est un secteur intéressant ?

Pour donner une idée de la taille du secteur en France aux lecteurs, voici 2 chiffres issus du panorama 2020 des Fintechs françaises, que nous avons réalisé avec France FinTech : nous avons identifié 664 fintechs - assurtechs - regtechs, dont 12,2% qui opèrent en assurance.

Pourquoi autant de startups s’intéressent à ce marché ?

Les métiers des grands assureurs ont profondément changé ces dernières années. Ils sont face à trois enjeux principaux :

  • Réussir à collecter efficacement les données et les exploiter,

  • Améliorer l’efficacité de leurs process internes,

  • Continuer à attirer des talents.

Les assurtechs viennent répondre à leurs besoins, en les aidant à améliorer leurs process, à fluidifier l’expérience utilisateur et éventuellement en apportant des innovations produit.

Pour illustrer chaque point avec une assurtech du portefeuille de BlackFin Tech :

  • Akur8 construit des modèles de risques et de tarification pour les assureurs,

  • Bdeo propose une solution SaaS de computer vision et d’intelligence artificielle pour la gestion des sinistres auto et habitation. Le traitement des dossiers est accéléré avec une prise en compte automatique du coût des dommages, ce qui améliore l’expérience utilisateur,

  • Descartes Underwriting fait émerger des produits d’assurance paramétrique grâce à la disponibilité de données climatiques et à un savoir-faire sur les mécanismes innovants de ces produits.

En résumé, c’est un secteur intéressant car les chaînes de valeur sont complexes et les assurtechs viennent les améliorer à tous les niveaux, que ce soit pour la distribution, les process ou l’innovation produit.

Les assurtech concentrent de plus en plus d’investissements depuis un an en particulier, qu’est-ce qui en fait un secteur “chaud” ?

Aux Etats-Unis, plusieurs assurtechs ont fait leur entrée en bourse, comme Lemonade, Root ou MetroMile. Leurs cours sont relativement élevés par rapport aux multiples classiques chez les assureurs.

Ces assurtechs américaines, avec des positionnements B2C axés sur la distribution, sont maintenant des acteurs full-stack, qui disposent de poches financières profondes pour le marketing et l’acquisition. Les coûts d’acquisition restent très élevés sur ces nouveaux modèles et il faut donc des investissements conséquents.

Elles commencent à s’implanter en Europe, à l’instar de Lemonade qui a officialisé son arrivée en France en fin d’année dernière. Qu’est-ce que cela veut dire pour l’écosystème français / européen ? Cela permet à nos assurtechs de challenger le positionnement international de ces entreprises ou bien de se positionner comme cible de rachat. Les levées récentes de Luko (47,8M€), Lovys (17M€) et Leocare (15M€) en France montrent l’effervescence de ces modèles B2C en France.

De votre expérience, la crise du COVID a-t-elle eu un impact sur les investissements en assurtech ?

Globalement, l’activité des fintechs et assurtechs a été relativement épargnée par la crise, en comparaison avec d’autres secteurs. Voici ce que nous avons observé :

  • Les grandes gagnantes ont été les assurtechs se positionnant sur la distribution digitale. Avec les confinements successifs, il était bien entendu plus facile d’acheter en ligne que de se déplacer en agence.

  • Les assurtechs qui vendent leurs produits / services aux assurances ont pu avoir des ralentissements dans les processus commerciaux en revanche, le temps pour les assureurs de s’adapter à la poursuite d’activité à distance.

  • Beaucoup de clients se sont focalisés sur le “must-have” plus que le “nice-to-have” pendant cette période, pour préserver les budgets dans un contexte incertain. Cela a eu un impact sur certaines assurtechs.

  • Enfin, les assurtechs spécialisées dans le voyage ont connu la chute d’activité la plus importante compte tenu du contexte.

Chez BlackFin Tech, nous investissons uniquement en fintech et assurtech. Notre rythme d’investissement n’a pas ralenti : nous avons financé 12 entreprises en 2020.

Que peut-on attendre du secteur dans les prochaines années selon vous ?

Nous pensons que nous allons assister à :

  • La naissance de plus d’assurances full-stack. On le voit déjà en Allemagne, où plus d’une dizaine d’assurtechs ont déjà leur licence. En France, deux startups ont décroché la leur, Alan et Seyna. Cela devrait suivre le même chemin qu’en Allemagne, influencé notamment par les choix des grosses assurtechs américaines.

  • Le développement de plus d’innovations produit, à l’image de Descartes Underwriting. Les enjeux d’automatisation et la prise en compte de nouveaux risques, comme la cybersécurité ou les risques climatiques, vont pouvoir générer des innovations produit. Ils utiliseront les technologies actuelles, mais adaptées au type de risque évoqué.

  • Le développement d’offres fintech - assurtech par des entreprises qui n’en sont pas. Concrètement, cela consistera à proposer des produits d’assurance embarqués sur l’offre ou le produit proposé. C’est une tendance que l’on observe déjà sur certaines marketplaces notamment.

  • Un changement de positionnement de l’assurance. Aujourd’hui, autant une application fintech sur nos téléphones incarne toutes les opportunités que nous avons, autant une application d’assurance représente tous les problèmes potentiels. Les assurances, et les assurtechs avec elles, vont devoir faire évoluer leur rôle. Elles doivent se positionner en prévention, pour ne pas être en contact avec les clients uniquement lors de la déclaration de sinistres, mais également en amont, pour les aider à les limiter.


Merci Gabrielle pour ces échanges !