French AssurTech : unissons nos valeurs ! Interview croisée de 4 ambassadeurs

En mai prochain, l’accélérateur de Niort Tech, French AssurTech, accueillera la première promotion de startups, sélectionnées pour leur capacité à inventer l’Assurance de demain. Catherine Lardy, Florian Hervéou, Olivier Gombert Gillman et Bruno Lacoste Badie expliquent comment ce modèle inédit a vocation de partager de la valeur autour de principes éthiques forts.

Olivier Gombert-Gillmann est le Chief Innovation Officer de la Maif depuis janvier 2016. Déjà rompu à la création de lieux dédiés à l’innovation – avec le lancement de Maif Social Club, un living lab parisien - il a participé aux groupes de travail afin de définir le cadre de l’accélérateur French AssurTech.

Bruno Lacoste-Badie est le Directeur Marketing, Marque et Communication de la MAAF depuis 2013. Il dirige également le pôle digital de la marque et est membre du LAB Covéa, l’incubateur de projets au service de l’innovation dans le Groupe. Il assure également pour cette première année la présidence de l’association Niort Tech.

Catherine Lardy est Responsable de la Transformation au sein d’ INTER MUTUELLES ASSISTANCE avec pour ambition de développer de nouvelles sources de revenus. Sensible aux new tech et engagée dans un modèle résolument humain, Catherine est impliquée depuis le début sur le réflexion globale et marketing du projet Niort Tech.

Florian Hervéou est le Directeur des programmes d’accélération au Startup Palace. Serial entrepreneur, il a créé différentes sociétés dans le web et travaille sur les problématiques d’accélérateur depuis 2012. Florian a aidé les fondateurs à co-construire une offre de services et le programme d’accompagnement de French AssurTech.

En lançant un accélérateur de startups, quelles sont les ambitions portées par Niort Tech ?

Catherine Lardy, : Je crois que c’est la première fois que les grandes mutuelles, Groupama, Maaf, Macif, Maif et IMA travaillent ensemble. En revanche, nos groupes respectifs entretiennent des relations avec des startups depuis longtemps… Créer une communauté de métiers pour proposer de nouveaux business models était pour nous une suite logique.

Olivier Gombert-Gillman : Nous avons conscience que nous n’allons pas nous réinventer seuls. Collaborer avec les startups, c’est travailler avec des entreprises qui sont en avance sur de nouvelles problématiques. Il faut prendre un leadership ensemble, dans une logique gagnant-gagnant !

Bruno Lacoste Badie, : L’innovation ne se commande pas mais peut être encouragée. Notre démarche de coopétation consiste à créer ce cadre favorable pour la faire éclore. Ce type d’alliance est possible parce que nous aimons avant tout notre métier : celui d’assister les gens au quotidien.

Florian Hervéou, La promesse c’est de co-construire quelque chose qui ait du sens, à la fois pour les mutuelles et les startups, créer et partager de la valeur ; de la valeur économique mais aussi de la valeur humaine. En un mot : faire de l’Open Innovation.

Des accélérateurs, il y en a beaucoup en France. Quels sont les points différenciants de French AssurTech ?

Bruno Lacoste Badie : Sur le créneau de l’AssurTech, on ne peut pas faire mieux que d’échanger en direct avec les 5 leaders mutualistes, représentant 50% du marché français. Ce n’est pas négligeable lorsque l’on sait que la première difficulté rencontrée par une startup, est l’accès au marché. En plus, les startups auront été choisies, ce qui signifie que l’on veut travailler avec elles !

Catherine Lardy : Hormis sa spécialisation de marché, French AssurTech porte une sensibilité « ESS ». En tant qu’acteurs mutualistes, nous sommes convaincus que nous pouvons proposer un autre modèle de société, centré sur l’Humain. On entend souvent les startups dire qu’elles veulent changer le monde… mais il faut le changer dans le bon sens !

Olivier Gombert-Gillman : Il y a une prise de conscience de la part des citoyens sur le traitement de leurs données personnelles. Créer de la confiance est devenu primordial pour continuer d’innover. C’est donc un atout pour les startups de travailler avec les mutuelles, considérées comme des tiers de confiance, et proposer des offres alternatives aux GAFA. Il y a une place à prendre !

Florian Hervéou : Les accélérateurs multi-corporate sont rares. En général, c’est une société privée qui est à l’origine de l’initiative pour répondre à ses intérêts propres. Ici, on répond aux intérêts d’un collectif d’entreprises et d’un territoire, l’agglomération de Niort et le MEDEF 79 étant parties prenantes.

En quoi l’accélérateur va-t-il permettre aux startups de se développer rapidement ?

Olivier Gombert-Gillman : Il y a l’atout Startup Palace, spécialiste de la mise en relation grands groupes/startups, et de l’accélération d’idées innovantes sur le court/moyen terme. Les startups ont une capacité d’exécution rapide, nous avons la possibilité de tester la valeur perçue du service. Pour l’exécution, je trouve que l’accélérateur est « focus » par construction, c’est à dire qu’il y a une convergence d’intérêts tendus vers un même objectif. Et c’est la meilleure manière pour une startup de délivrer des résultats concrets.

Florian Hervéou : En amont, l’équipe de Startup Palace analyse les besoins de la startup pour proposer un accompagnement sur-mesure. Sur la base du hard-coaching, un suivi hebdomadaire sera réalisé collectivement pour remonter les difficultés, se challenger et acquérir des méthodologies. Il y aura également des workshops individuels pour monter en compétences sur des problématiques très concrètes et un système de parrainage mis en place entre les grands groupes et les startups.

Bruno Lacoste Badie : Outre son programme, l’accélérateur facilitera la mise en relation avec la communauté d’agglomération pour accéder à des locaux et avec des financeurs : région, BPI, business angels… Bien sûr, les groupes fondateurs ont chacun leur fonds d’investissement mais il n’y a évidemment aucune obligation de participation au capital.

Catherine Lardy : Nous allons les aider à réaliser un Test-and-Learn bien plus performant compte tenu de la masse assurable que nous représentons. Nous allons mettre à leur disposition des collaborateurs, des ressources pour les aider à construire des business models, à contractualiser des produits. Sur le RGPD, nous pouvons leur donner accès à des services juridiques « hyper béton ». Mais l’idée n’est absolument pas de faire des startups des sous-ensembles de nos groupes !

Niort, un atout ?

Olivier Gombert-Gillman : Je pense tout d’abord qu’il faut démystifier la ville ! Niort est à 1h45 de Paris et à 45 minutes de l’Océan Atlantique. C’est une ville accessible, avec des transports en commun gratuit. Oui, gratuit ! Pour résumer, elle offre un cadre de travail idéal.

Bruno Lacoste Badie : Niort : on y vient pour le travail, on y reste pour la qualité de vie. Ca n’engage que moi mais c’est ce qui m’est arrivé ! (Rires). Au risque de me répéter, Niort c’est l’Assurance Valley : 16 000 personnes sur 60 000 travaillent dans le secteur. Pourquoi aller ailleurs lorsque l’on veut se lancer dans l’AssurTech ?

Florian Hervéou : Tous les sièges des mutualistes sont à Niort, l’accès aux ressources est donc simplifié ! Même si les startups ne sont pas tenues de déménager à Niort, il y a un engagement d’assiduité en présentiel le temps du programme, dans des locaux spécialement aménagés dans le centre ville.

Catherine Lardy : Il y a un écosystème qui se développe autour de Niort Numeric et de son événement annuel : entreprises orientées data, web agencies, experts en domotique, éditeurs de logiciels… mais aussi des filières universitaires spécialisées Big Data. Une autre particularité est la stratégie menée par la mairie et l’agglomération autour de l’Open Data et la mobilité ; ce qui a impulsé une réflexion autour de la Smart City.

Comment cette coopération acteurs traditionnels/ startups va-t-elle permettre de mieux répondre aux attentes des clients ?

Olivier Gombert-Gillman : Avec l’hyper-connectivité et la mobilité, on est passé à une économie de l’usage. Dorénavant, nous vivons dans une société de services agrégés, dans laquelle l’assurance deviendra de plus en plus sous-jacente. Avant, on assurait une voiture en tant que bien. Aujourd’hui, on assure des actes : une location de voiture, un covoiturage, une location de parking… C’est pourquoi, il devient important de proposer des assurances à la demande où l’utilisateur peut assurer ou désassurer un bien en un clic. C’est là où des technologies intelligentes comme l’IA, les objets connectés vont permettre d’anticiper les besoins utilisateurs dans un parcours de vie et coordonner l’ensemble des services en temps réel.

Bruno Lacoste Badie : L’assurance, c’est un contrat qui offre un service à un certain prix, calculé sur une estimation statistique des risques. Les technologies peuvent nous aider à progresser dans ce que nous appelons la science du risque. Mais cette partie technique n’intéresse pas du tout l’utilisateur. Pour lui, la technologie doit lui simplifier la vie. Par exemple, dans le cas de l’automobile, la géolocalisation va permettre à un dépanneur de retrouver une voiture accidentée beaucoup plus rapidement.

Catherine Lardy : Traditionnellement, les assureurs sont des régleurs de sinistres. Aujourd’hui, nous voulons apporter des services même lorsque tout va bien. Pour cela, les données peuvent nous aider à mieux comprendre l’utilisateur et à réagir plus vite, notamment pour de la prévention. Nous aimerions également toucher les millenials. Les startups, proches de cette génération, peuvent nous aider.

Florian Hervéou : Un grand groupe a de la puissance, la startup a de l’agilité pour faire ce qu’un grand groupe ne fera pas. Soit parce qu’il n’a pas le temps, soit parce que les process sont lourds, ou que la marque ne peut pas se mettre en avant sur certains sujets… L’alliance des deux est intéressante pour répondre aux nouveaux enjeux.

Un message pour les startups qui souhaiteraient rejoindre l’aventure ?

Catherine Lardy : Ce n’est pas parce que Niort est une petite ville qu’il ne s’y passe pas de grandes choses ! Cela vient peut-être de notre culture mutualiste mais il y a ici une qualité d’accompagnement hors-norme !

Florian Hervéou :
C’est important de rappeler que ce projet a demandé 3 ans de travail en amont ! Les mutuelles sont très engagées pour faire des choses avec les startups. Ce n’est pas juste un coup de com.

Olivier Gombert-Gillman : French AssurTech est un modèle de coopération unique en France pour imaginer l’Assurance de demain mais surtout pour imaginer une société responsable.

Bruno Lacoste Badie : Si vous voulez contribuer à inventer l’Assurance de demain, on vous propose de le faire avec nous à Niort ! On compte sur vous !