Et si l’AssurTech était « The Next Big Thing » ?

Avec une appétence croissante des investisseurs et le soutien des mutualistes, les startups à haut potentiel technologique ont tout intérêt à se positionner sur le marché de l’AssurTech.

Quelque chose se passe dans le monde de l’Assurance. Un mode de co-innovation singulier. Plus qu’un effet de mode, c’est un véritable engouement de la part des mutualistes et des banques pour l’AssurTech.

En 2017, les financements ont augmenté de 36% par rapport à 2016 : 1,83 milliard d’euros en 2017 investis au niveau mondial, selon le rapport trimestriel InsurTech. Au total, 120 investissements ont été réalisés par les opérateurs traditionnels. Dans l’Hexagone, cela se traduit par des levées de fonds spectaculaires : 23,8 millions d’euros pour le troisième tour de table de Shift Technology, startup spécialisée dans les détections de déclarations frauduleuses et 10 millions d’euros pour le robot courtier + Simple.fr.

En 2016, Alan, seule startup à avoir obtenu l’agrément des assureurs (ACPR) avait déjà levé 12 millions d’euros. La concurrence frontale sur le créneau de la complémentaire Santé ne l’a pas empêché de collaborer avec son actionnaire minoritaire CNP Assurances pour lancer son offre Prévoyance.

Un contexte propice au développement de l’AssurTech

Pourquoi les acteurs traditionnels s’intéressent-t-il autant aux startups ?

Les mutualistes souhaitent co-construire avec des structures agiles, capables d’innover rapidement pour répondre aux nouveaux enjeux.

Les modes de consommation évoluent à l’ère de la mobilité. Finies les lourdeurs administratives : le client attend une réduction des intermédiaires et une simplification dans la gestion de ses contrats d’assurance. Il attend également des conseils pertinents et des offres personnalisées. Par exemple, un particulier aura besoin d’assurer en quelques clics un bien partagé qu’il n’utilisera que ponctuellement.

D’autre part, les assureurs pourraient être amenés à travailler de concert avec les banques sur la vérification des identités (KYC ou Know Your Customer) afin de lutter contre les risques de fraude, les délits d’initiés et le blanchiment d’argent.

Dans les deux cas, cela passera nécessairement par la collecte et le croisement de données utilisateurs (Big Data). Et de ce côté-là, tous les signaux sont au vert pour développer de nouveaux services garantissant à la fois la rentabilité des assureurs et la personnalisation du service client.

En effet, la maturité grandissante des technologies en matière d’intelligence artificielle, d’IoT et de Blockchain, combinée à l’encadrement du traitement des données personnelles par le RGPD, facilitera le développement et la structuration du marché à l’échelle européenne.

Un climat de confiance par la responsabilisation de l’ensemble de la chaîne des acteurs et la protection des individus est la condition sine qua non pour lever les réserves sur un sujet ô combien sensible.

(Presque) toutes les startups sont concernées

En proposant principalement des services complémentaires à l’Assurance traditionnelle, l’AssurTech englobe tout un écosystème de petites et moyennes entreprises offrant des services technologiques en BtoB, BtoC, BtoBtoC ou CtoC.

Le cabinet de conseil en innovation Klein Blue Partners a recensé et catégorisé 42 startups françaises de l’AssurTech : courtage, assurances collaboratives, services aux entreprises et particuliers, services aux assureurs et courtiers.

Mais ce secteur, a priori de niche, est ouvert à un panel très large de startups : celles qui ont développé une expertise ou un produit pouvant être déclinés dans les domaines précédemment cités — intelligence artificielle, IoT, Blockchain — ou celles ayant déjà investi les champs suivants : l’e-Santé, la voiture connectée, la silver economy, la maison connectée ou encore la Smart City.

Aujourd’hui, la remontée de données via des capteurs est déjà pratiquée dans l’automobile pour la mise en place d’assurances à l’usage (UBI). Des boîtiers reliés à des applications — de type Oocar ou Akolyt par Drust — peuvent être branchés sur la prise diagnostic du véhicule. Elle est en revanche limitée (mais possible) dans la Santé en raison de la réglementation et sera réalisable d’ici 3 à 10 ans dans le bâtiment.

Pour résumer, sont concernées toutes les startups en mesure de produire des plateformes entre les assurances et les assurés pour des services complémentaires ou de profilage :

- Révolution de l’expérience client par l’IA : Les robots réinventent la relation client avec, par exemple, Spixii qui dialogue avec les internautes afin de personnaliser les offres, de la souscription du contrat à la gestion des sinistres.

- Utilisation de la data pour de la prédiction : Un partenariat entre AXA et la startup de bracelets connectés Withings (depuis rachetée par Nokia Health) avait été conclu afin de faire de la prévention et d’ajuster les contrats au plus près des besoins clients.

- Automatisation de la chaîne de valeur : Avec sa technologie de stockage et de transmission des données basée sur des algorithmes cryptographiques, la Blockchain permet de rationnaliser et de sécuriser les échanges dématérialisés en supprimant les intermédiaires de contrôle : contrats intelligents, identités certifiées, transferts sécurisés de documents confidentiels, détection des fraudes.

Une structuration « win-win » de la filière

Avec une telle ouverture, un espace d’échange et de co-innovation fédérant les acteurs traditionnels et les nouveaux entrants est devenu nécessaire.

C’est pourquoi les 5 leaders Groupama, Maaf, Macif, Maif et le groupement IMA- représentant à eux seuls 12 millions de foyers assurés, ont lancé l’accélérateur French AssurTech, dont l’appel à projets est ouvert du 21 février au 5 avril 2018.

Si le siège de l’association se situe à Niort, il n’est pour autant pas nécessaire d’implanter sa structure dans la « capitale » du mutualisme.

Avec un programme d’accompagnement gratuit et national de 9 mois, les startups sélectionnées pourront infuser dans la culture mutualiste, bénéficier d’un accès au marché dans une dynamique de coopération et surtout acquérir les moyens industriels et financiers pour tester et développer leur offre.

Une telle convergence paraît naturelle afin d’équilibrer le rapport de force qui pourrait s’instaurer avec les GAFA. Après l’échec du moteur d’assurances par Google, c’est au tour d’Amazon d’annoncer ses prétentions vis-à-vis de l’AssurTech… affaire à suivre


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